Table ronde — Impact du terrorisme sur la famille Les Tunisiennes dépriment…

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26 Novembre 2013

Si la femme représente 60% de la population tunisienne et qu’elle se trouve sous l’emprise de la violence du genre et de la peur du terrorisme, la situation est alarmante et nécessite une intervention collective.

C’est une première : l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT) a accueilli,  le 26 novembre 2013, les représentants de l’Union nationale des syndicats des forces de l’ordre. Et ce, autour d’une table ronde portant sur l’impact du terrorisme sur la famille et la société tunisiennes. L’initiative s’inscrit dans le cadre de la célébration de la journée mondiale de lutte contre la violence à l’égard des femmes. 

M. Imed Belhaj Khelifa, membre de l’Union nationale des syndicats des forces de l’ordre, a salué le rapprochement entre les deux «unions». Il a rappelé par ailleurs que les forces de l’ordre sont les mieux placées pour informer le public sur le spectre de l’obscurantisme qui ravage, telle une tumeur maligne, notre société.

M. Sahbi Jouini, membre dirigeant de l’Union nationale des syndicats des forces de l’ordre, a dévoilé de son côté, chiffres à l’appui, l’ampleur du phénomène. De fait, selon une étude internationale, la population tunisienne est la plus sujette à la dépression. Il faut dire que déprime et dépression font bon ménage, surtout dans un contexte marqué par la peur de l’inconnu.

Plus susceptible et plus sensible encore que l’homme, la femme tunisienne vit mal cette situation d’instabilité et de flou. «Selon les dernières statistiques livrées par l’hôpital psychiatrique Razi, le taux d’accueil des patients a augmenté entre 2011 et 2013, passant de 45% à 51,2%. Les femmes représentent 51% de l’ensemble des visiteurs», révèle M. Jouini. Et d’ajouter qu’actuellement, sur 117 malades psychiatriques, 100 appartiennent à la gent féminine.

Trois femmes sont violées chaque jour

Parallèlement, et selon une étude réalisée sur un échantillon de 3.170 Tunisiennes, 47% d’entre elles affirment avoir subi des violences, dont 68,5%  endurent une violence psychologique. «Si la femme représente 60% de la population tunisienne et qu’elle se trouve sous l’emprise de la violence du genre et de la peur du terrorisme, la situation est alarmante et nécessite une intervention collective afin de sauver plus de la moitié de la population de la dépression», fait remarquer l’orateur. Il attire, par ailleurs, l’attention sur une nouvelle forme de violence que vit la femme tunisienne post-révolutionnaire : l’oppression au nom de l’Islam. «La femme tunisienne est souvent contrainte au port du hijab ou encore du niquab. Certaines d’entre elles ont été obligées de participer au jihad, alors que d’autres sont séquestrées chez elles et privées de liberté», ajoute l’orateur. Et avec la vague croissante de criminalité, la fréquence des cas de viols devient alarmante. «Nous enregistrons une moyenne de 3 cas de viol par jour, soit 1.050 cas par an», affirme M. Jouini. 

Il est à noter que le système de sécurité national compte 70 mille personnes ; soit 70 mille familles vivant un stress permanent et dans la peur de perdre un fils, un mari, un père ou un frère. «Il est légitime, pour la femme tunisienne, de craindre pour sa liberté, sa dignité et pour ses précieux acquis. C’est que les terroristes ne croient ni à l’Etat, ni à la patrie, ni aux lois et, encore moins, aux droits de la femme. C’est pourquoi nous devons, tous, retrousser les manches et extirper le terrorisme de chez nous», souligne l’orateur, avec détermination. 

Combattre le salafisme par l’Islam

Terrorisme, salafisme, jihadisme : trois concepts qui, au-delà de leurs différences, ont un dénominateur commun : l’obscurantisme, le règne du dogmatisme au nom de l’Islam et le bannissement de la modernité. 

Décortiquant le problème d’un point de vue psychologique et psychosocial, M. Outayl Binous, psychologue, indique que le salafisme repose sur une lecture littérale du Coran, isolant les versets saints de leur contexte. Pour les salafistes, seule la charia est à respecter à la lettre. Quant aux notions de démocratie, de laïcité, de droits de l’Homme et d’autorité des lois, elles sont à réfuter car émanant, non pas de Dieu, mais de l’homme. Aussi, les prédicateurs de ces mouvances tendent-ils à épurer la société de tout ce qui n’est pas compatible avec la charia, à islamiser les institutions de l’Etat et à changer les mentalités par une sorte de lavage de cerveau. 

Le  jihadisme, quant à lui, est fondé sur un clivage psychotique. Il permet le massacre de tout être humain ne se soumettant pas à la charia.. «Le terrorisme a trouvé, dans notre pays, un terrain favorable à sa prolifération. Avec le refoulement du religieux et la négligence de l’aspect culturel durant l’ancien régime, le peuple gobait mal ce vide identitaire. D’autant plus que l’entrée non contrôlée des prédicateurs étrangers dans notre territoire n’a fait qu’enfoncer le clou», explique M. Binous. 
Par ailleurs, le manque d’estime de soi et le besoin de s’identifier à un leader collectif (émir) a conduit bon nombre de jeunes à emprunter le chemin du salafisme. Un chemin qui plonge le salafiste dans un clivage propre aux psychotiques : je suis le bien, l’autre est le mal. 

Pour faire face à ce fléau, l’intervenant suggère le recours à un discours convainquant, car argumenté par une lecture intelligente du Coran, de la charia et des Hadith. «Ce n’est qu’en interpellant les salafistes par leurs propres convictions qu’on parvient à trouver un terrain d’entente avec eux », souligne le psychologue.
 

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